Les pourboires en salon : chiffre d'affaires, TVA, AVS — qui a droit à quoi ?

Publié le 6 septembre 2026 · 7 min de lecture · Par l'équipe Posea

Une cliente laisse CHF 10 sur le comptoir en partant. Geste banal, question mal réglée dans énormément de salons : cet argent appartient-il au salon ou à la personne qui a fait le soin ? Faut-il l'ajouter au chiffre d'affaires ? À la TVA ? Au salaire ? Et pourquoi la caisse du soir ne tombe-t-elle jamais juste quand il y a eu des pourboires ? Voici comment le droit suisse traite la question, et comment tenir ça proprement sans y passer ses dimanches. (Transparence : nous éditons Posea ; ce guide reste centré sur les règles, et les points fiscaux sensibles renvoient à votre fiduciaire.)

La réponse courte

Un pourboire versé librement par le client n'est ni du chiffre d'affaires, ni une opération TVA : il n'est pas la contrepartie d'une prestation, c'est un don au collaborateur. Pour le salon, ce n'est donc pas un produit mais une dette — de l'argent qu'il détient et qu'il doit reverser. Il ne devient du chiffre d'affaires que si vous le facturez (une ligne « service compris » sur la note, par exemple). Enfin, c'est un revenu du collaborateur, qu'il doit déclarer, et qui n'entre dans le salaire déterminant AVS que dans certains cas.

Pourquoi le pourboire échappe à la TVA

La TVA frappe une contre-prestation : ce que le client paie en échange d'un service. Un pourboire laissé spontanément ne remplit pas cette condition — le client aurait pu ne rien laisser, la prestation aurait été la même et son prix aussi. Tant qu'il n'apparaît sur aucune ligne de facture, il reste hors du champ.

Conséquence pratique : un pourboire ne doit jamais se retrouver dans une ligne de facture, ni dans votre ventilation TVA, ni dans le chiffre d'affaires que vous annoncez à l'AFC. S'il y est, vous payez de la TVA sur de l'argent qui ne vous appartient pas.

Le piège : « service compris »

Le raisonnement s'inverse dès que le pourboire cesse d'être volontaire. Une majoration automatique ajoutée à la note — « service 10 % », un forfait de groupe — n'est plus un don : c'est un élément du prix que le client doit payer. Elle rejoint alors la contre-prestation, avec la TVA qui va avec.

La règle à retenir est simple : si c'est sur la facture, c'est du chiffre d'affaires. Si vous tenez à ce que les pourboires restent hors champ, ils doivent rester en dehors du document que vous remettez au client.

En comptabilité : une dette, pas un produit

Quand vous encaissez un pourboire destiné à votre équipe, vous ne gagnez rien : vous détenez temporairement l'argent d'autrui. La bonne écriture n'est donc pas un compte de produit mais un passif — typiquement un compte d'autres dettes à court terme, du type « pourboires à reverser ». La dette naît à l'encaissement et s'éteint au reversement.

Ce détail a une vertu immédiate : à tout moment, le solde de ce compte vous dit exactement combien vous devez à votre équipe. Si vous passez les pourboires en produit, cette information disparaît — et vous gonflez artificiellement votre chiffre d'affaires, donc vos ratios, votre bénéfice imposable et parfois votre assujettissement TVA.

Espèces : le pourboire dort dans le tiroir

C'est la source d'erreur numéro un des clôtures de caisse. Un pourboire laissé en liquide est physiquement dans le tiroir jusqu'à ce que vous le sortiez. Votre décompte du soir doit donc l'attendre : l'espèce théorique en fin de journée, c'est le fond de caisse, plus les encaissements, plus les pourboires reçus en liquide, moins ceux déjà redistribués dans la journée.

Un logiciel qui ignore les pourboires vous fera constater chaque soir un excédent inexpliqué. À l'inverse, un logiciel qui les compte comme des ventes vous fera payer de la TVA dessus. Il faut les suivre à part : présents dans le décompte des espèces, absents du chiffre d'affaires.

Carte : attention à la ligne unique

Quand le client ajoute le pourboire sur le terminal, votre TPE débite un seul montant : la prestation plus le pourboire. Votre ligne d'encaissement par carte porte donc le total, alors que votre facture, elle, ne porte que la prestation. Les deux chiffres doivent se réconcilier volontairement, sinon votre rapprochement bancaire ne tombera jamais juste. Là encore, la solution n'est pas de gonfler la facture : c'est d'enregistrer le pourboire comme tel, à côté.

AVS et impôt : c'est le revenu du collaborateur

Le pourboire appartient à la personne qui l'a reçu, et constitue pour elle un revenu — imposable, qu'elle doit déclarer. Côté cotisations sociales, la règle suisse ne le traite pas comme un salaire ordinaire : il n'entre dans le salaire déterminant AVS que lorsqu'il représente une part importante de la rémunération (c'est le cas historique de la restauration, beaucoup plus rarement celui d'un salon de coiffure ou d'un institut).

Autrement dit : quelques francs laissés au comptoir ne transforment pas votre décompte AVS. Mais si, dans votre établissement, les pourboires forment une part réelle de ce que gagnent vos collaborateurs, la question mérite d'être posée à votre caisse de compensation ou à votre fiduciaire — la réponse dépend des montants, pas d'un principe général. Et si vous choisissez de reverser les pourboires par la fiche de salaire plutôt qu'en liquide, prévoyez une rubrique dédiée, dont vous maîtrisez les cotisations appliquées.

Nominatif ou pot commun : décidez-le une fois, écrivez-le

Deux organisations coexistent dans le métier. Le nominatif : chaque pourboire revient à la personne citée par le client — simple, motivant, mais injuste pour celles qui ne sont jamais en cabine. Le pot commun réparti périodiquement : plus solidaire, il inclut l'apprentie et la personne à l'accueil, mais il exige une clé de répartition connue de tous.

Aucune des deux n'est « la bonne ». Ce qui compte, c'est que la règle soit décidée, annoncée à l'équipe et appliquée sans exception — et que chaque reversement soit daté et attribué. Un pourboire qui disparaît dans un tiroir sans trace est une source de conflit garantie, et vous n'aurez rien pour prouver votre bonne foi.

La checklist

  1. Aucun pourboire sur une ligne de facture — sauf si vous assumez d'en faire du chiffre d'affaires taxable.
  2. Un compte de passif « pourboires à reverser », jamais un compte de produit.
  3. Les pourboires en espèces comptés dans le tiroir, jamais dans le CA.
  4. Une règle de répartition écrite : nominatif ou pot commun.
  5. Chaque reversement daté, attribué, tracé — en liquide ou par la paie.
  6. Un point avec votre fiduciaire si les pourboires pèsent lourd dans les rémunérations.

Ce que ça donne dans Posea

Posea enregistre les pourboires hors facture, par principe : ils n'apparaissent ni dans le chiffre d'affaires, ni dans la ventilation TVA. Chaque pourboire est attribué à un membre de l'équipe — ou au pot commun — et alimente une dette « pourboires à reverser » dans votre plan comptable. La clôture de caisse les compte séparément : les espèces attendues incluent les pourboires reçus en liquide et déduisent ceux déjà redistribués dans la journée, si bien que votre Z tombe juste sans arrangement manuel. Le reversement se fait en liquide ou via la fiche de salaire, toujours daté et attribué. Le tout est inclus dans les formules qui donnent accès à la caisse — essai gratuit, sans carte bancaire.

Ce guide décrit des principes généraux et ne remplace pas un conseil fiscal. Pour votre situation — assujettissement TVA, taux, traitement AVS de vos pourboires — adressez-vous à votre fiduciaire, à votre caisse de compensation ou à l'Administration fédérale des contributions.

Questions fréquentes

Les pourboires comptent-ils dans le chiffre d'affaires ?

Non, tant qu'ils sont laissés librement par le client et qu'ils n'apparaissent sur aucune ligne de facture. Ils constituent une dette envers votre collaborateur, pas un produit. En revanche, une majoration automatique du type « service compris » figure sur la note : elle fait partie du prix et donc du chiffre d'affaires.

Faut-il payer la TVA sur un pourboire ?

Un pourboire volontaire n'est pas la contre-prestation d'une prestation : il reste hors du champ de la TVA tant qu'il n'est pas facturé. S'il apparaît sur la facture, il rejoint la base imposable. En cas de doute sur votre situation, faites valider le traitement par votre fiduciaire.

Les pourboires sont-ils soumis à l'AVS ?

Ils constituent un revenu du collaborateur, qui doit le déclarer. Ils n'entrent dans le salaire déterminant AVS que s'ils représentent une part importante de la rémunération — situation courante en restauration, nettement plus rare en salon ou en institut. Si les montants sont significatifs chez vous, posez la question à votre caisse de compensation.

Comment éviter que les pourboires faussent la caisse du soir ?

En les suivant à part. Un pourboire en espèces reste physiquement dans le tiroir jusqu'à son reversement : votre décompte doit donc l'ajouter aux espèces attendues, et retirer les reversements déjà effectués dans la journée, sans jamais l'ajouter au chiffre d'affaires.

Pot commun ou pourboire nominatif ?

Les deux se pratiquent. Le nominatif récompense directement la personne citée par le client ; le pot commun inclut l'accueil et l'apprentissage, mais demande une clé de répartition connue de tous. L'essentiel est que la règle soit écrite, annoncée à l'équipe, et que chaque reversement soit daté et attribué.

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